Le GRELPP fait partie du CRIIA (Centre de Recherches Ibériques et Ibéro-Américaines) – Équipe d'accueil 369

lundi 25 septembre 2017

Séminaire 2018-2020

À partir de janvier 2020, le GRELPP changera la thématique de son séminaire ; après « Transtextualité », les étudiants, doctorants et enseignants-chercheurs se pencheront sur « Le début et la fin du texte et de l'image ».

Calendrier des séances à venir :

12 janvier :
Françoise Aubès et Vera Broichhagen, introduction à Le début et la fin du texte

16 février :
Emmanuel Vincenot et Lina Iglesias, introduction à Le début et la fin de l'image

30 mars :
David Barreiro Jiménez

11 mai :
Caroline Lepage

samedi 11 mars 2017

En préparation / «50 ans de Cien años de soledad» – 21-22 septembre 2017

À l'occasion des cinquante ans de sa publication, le GRELPP met Cien años de soledad à l'honneur avec une journée d'étude et demie intitulée «50 ans de Cien años de soledad»… L'éventail des pays observés à la loupe de Macondo sera vaste et riche

Françoise Aubès, Université Paris Nanterre
(Pérou)
David Barreiro Jímenez, Université Paris Nanterre
(Espagne / Barcelone)

Caroline Berge, Université Paris Nanterre
(Équateur) 

Cécile Brochard, Université Paris Nanterre
« Cien anos de soledad au prisme transatlantique : l'héritage de García Márquez dans le roman algérien et africain contemporain »

Vera Broichhagen, Université Paris Nanterre
(Allemagne) 

Elsa Fernández, Université Paris Nanterre
(Belgique)

Elena Geneau, Université Paris Nanterre
(Argentine)

Camille Larmarque, Université Paris Nanterre
(Chili)

Caroline Lepage, Université Paris Nanterre
« 1968 fut aussi l'année française de Cien años de soledad »

Béatrice Ménard, Université Paris Nanterre
(Mexique)

Élodie Peeters, Université Paris Nanterre
(Cuba) 

Liliana Riaboff, Université Paris Nanterre
(Colombie)

Emmanuelle Sinardet, Université Paris Nanterre
L’autre espace de la solitude :One Hundred Years of Solitude (2008 et 2013) de Heman Chong, depuis los « médanos de Singapur »

Héloïse Vian, Université Paris Nanterre
(États-Unis)

Marco Vianni, Université Paris Nanterre
(Italie)

mercredi 25 janvier 2017

Les doctorants du GRELPP présentent leurs recherches – Liliana Riaboff


Réception colombienne de l’intertexte colonial dans l’œuvre de Gabriel García Márquez: rétrospective pour une nouvelle conquête de soi

Comme l’indique le titre, nos travaux de thèse sont centrés sur l’articulation de trois éléments : l’œuvre de García Márquez, sa relation avec un intertexte qui est celui des Chroniques des Indes et la réception que le pays de la Colombie réserve à cette relation transtextuelle. Il est donc nécessaire de justifier l’articulation de ces trois éléments pour pouvoir donner un sens à l’existence de cette thèse.
On est tous d’accord pour affirmer que García Márquez est un des écrivains latino-américains les plus lus et analysés. Déjà en 1979 le panorama de la critique marquézienne avait été dépeint par Conrado Zuluaga Osorio comme redondant et saturé, à tel point que « su volumen se ha vuelto inabarcable para quienes desean acercarse un poco más al escritor » [C. Zuluaga Osorio, Puerta abierta a García Márquez y otras puertas, Bogotá, La Editora, 1982, pp. 17-18.]. Il semblerait que tout est dit concernant l’œuvre de l’écrivain colombien, néanmoins, le succès de la publication de Cien años de soledad en 1967 continuera à alimenter le discours critique jusqu’à nos jours, et le Prix Nobel décerné à García Márquez en 1982 deviendra également une excuse pour multiplier les interprétations de l’œuvre d’un auteur qui est définitivement désigné comme l’emblème de tout un continent et le porte-parole d’une population qui a voulu se voir représentée dans le merveilleux et le démesuré de ses récits. Il n’est donc pas étonnant que de grands intellectuels latino-américains comme Carlos Fuentes et Mario Vargas Llosa aient nourrit l’idée que García Márquez avait écrit « la Biblia de América Latina » ou qu’il avait créé « la Mamá Grande de la novela Latinoamericana » [Dasso Saldívar, García Márquez: El viaje a la semilla, España, 2005, p. 423.].
Pour un nouveau lecteur, l’œuvre marquézienne est donc interprétée avant même qu’elle ne soit lue, c'est-à-dire qu’elle compte avec un discours critique qui la précède et qui conditionne même sa réception. Mais en même temps, comment peut-on avoir des doutes sur une œuvre qui est qualifiée par les latino-américains eux-mêmes comme « la verdadera, la única, la más fecunda saga sobre nuestra condición de hispanoamericanos » [Palabras del ministro mexicano Jorge Castañeda, “Máxima condecoración de México a García Márquez”, El País, Cali, 23 de octubre de 1982.] et qui est même devenu incontournable dans les manuels scolaires colombiens car il n’y a aucun doute que ces récits « te sumergen en la realidad histórica colombiana » [Esmeralda Triana, « ¿Por qué leer a Gabo? », Proyecto Sé, Cartilla de Lenguaje, 4to de primaria, República de Colombia, Ministerio de Educación Nacional, Ediciones SM, 2012.]. Bref, García Márquez aurait donc réécrit l’histoire de son pays et de son continent, une nouvelle histoire, « una historia no escrita, la versión distinta de la oficial, la verdadera versión y verdadera historia » [C. Zuluaga Osorio, Puerta abierta a García Márquez y otras puertas, op. cit., p. 80.].
Notre but est donc d’analyser l’ensemble de l’œuvre marquézienne (fiction et œuvre journalistique) afin de constater si l’image très répandue d’un García Márquez historien de l’Amérique latine est vraiment cohérente avec la nature de son discours fictionnel et journalistique. Cette présence de l’histoire dans l’œuvre marquézienne sera mesurée à partir d’un élément dont nous justifions son importance par deux raisons : tout d’abord il s’agit d’un élément jusque là très peu exploré, voir jamais travaillé au sein de l’œuvre marquézienne et qui du coup pourra favoriser de nouvelles approches et, par conséquent, de nouveaux résultats. Deuxièmement, il s’agit d’un corpus qui constitue à double titre la base du passé de toute l’Amérique latine : il s’agit avant tout de récits considérés comme originaux car ils rendent compte de la genèse du sous-continent et doivent impérativement être connus en profondeur par celui qui a crée « la Biblia de América Latina » car, d’un point de vue historique, ces textes sont à leur façon aussi « la Bible » de tout un continent. Et d’autre part, ces récits constituent également la base même de la littérature de l’Amérique latine selon le grand intellectuel Carlos Fuentes [Carlos Fuentes considère la Verdadera Crónica de la Conquista de la Nueva España de Bernal Díaz del Castillo comme la fondatrice de la narrative latino-américaine. C. Fuentes, Valiente Mundo Nuevo (ensayo), Madrid, Mondadori, 1990, p.77. ] et selon García Márquez lui-même [Dans El olor de la guayaba García Márquez reconnaitra Diario de a bordo de Cristóbal Colón comme “la primera obra de literatura mágica” (p. 68). Et Dans son discours d’acceptation du Prix Nobel García Márquez décrira Viaje alrededor del globo de Antonio Pigafetta comme “libro breve y fascinante, en el cual ya se vislumbran los gérmenes de nuestras novelas de hoy”. G. García Márquez, “La soledad de América Latina”, en: Yo no vengo a decir un discurso, op. cit., p. 21.]. C’est donc à partir de la récupération et de l’appropriation que García Márquez fait des Chroniques des Indes qu’il sera possible de trouver, non pas toutes les réponses sur la légitimité et la crédibilité du discours historique marquézien, mais au moins, les réponses que nous allons apporter vont donner des éléments de réflexion troublants sur une réception qu’il est nécessaire de reconsidérer pour évaluer sa pertinence depuis la perspective de l’intertexte colonial ou pour éclaircir une fois pour toutes le doute qui plane depuis les affirmations du critique Morkos Meckled en 1985 qui a qualifié l’œuvre du Nobel colombien comme « la burla satírica más grande que jamás se haya llevado a cabo en la historia de la literatura universal » [Morkos Meckled, “García Márquez, el patriarca, el extranjero y la historia”, en: J. G. Cobo Borda, Repertorio crítico sobre Gabriel García Márquez, Tomo I, op. cit., p. 444.].
Pour comprendre cet impact continental qui est l’œuvre de l’écrivain colombien, il devient nécessaire de déconstruire ce que l’on pourra désigner comme sa « génétique », de mettre à nue l’intertextualité de la matière « historique », mythique et légendaire collective, en l’occurrence celle héritée du corpus des Chroniques des Indes. Nous cherchons donc à déterminer comment ce substrat colonial a pu, plus ou moins consciemment, façonner un imaginaire aussi étonnant et riche que celui du prix Nobel colombien et quel est l’enjeu de cette intertextualité dans la réception de l’œuvre Marquézienne.
Ce travail de thèse s’inscrit dans la lignée des travaux menés par l’hispaniste et américaniste français Jacques Gilard dans ses derniers écrits sur García Márquez, en particulier autour du roman Del amor y otros demonios (1994), un récit qui, par ailleurs, met le plus en évidence le recours que l’auteur colombien fait aux chroniques de la période coloniale car son anecdote fictive est placée au cœur de la Colombie du XVIIIème siècle. Loin de se concentrer uniquement sur la présence de ce substrat colonial dans le roman, Gilard entreprend un décryptage détaillé pour ainsi révéler le rapport particulier que García Márquez entretien avec l’histoire, l’historiographie et les historiens qu’il a toujours traités par le mépris. Cette relation entre l’écrivain colombien et l’histoire aurait été, jusqu’à présent, mal comprise par la plupart de ses critiques et lecteurs : l’approche que le Prix Nobel 1982 fait du passé de son pays serait plutôt menée par le biais de l’expérience quotidienne qui finit par s’appuyer sur une version succincte, figée et stéréotypée de l’histoire. C’est dans cette optique de « démythification » de l’emblème de l’Amérique latine que notre travail de thèse prétend faire une analyse de la totalité de l’œuvre de García Márquez par le filtre et le prisme des Chroniques des Indes : il y a toujours eu certes un mépris de l’histoire de la part de l’écrivain colombien, néanmoins, ce même mépris témoigne paradoxalement d’un recours insistant aux regards démodés, vieillis et imprégnés de lieux communs et de clichés que l’écrivain a toujours attribués au discours historique mais qui sont aisément intégrés dans son œuvre, ce qui contraste considérablement avec son image publique de promoteur d’une « nouvelle » version de l’histoire. García Márquez se place donc en héritier et en continuateur d’une vision du passé de l’Amérique originairement instaurée par les textes coloniaux que nous nous sommes proposés de démasquer tout au long de son œuvre.
Même si un nombre incalculable d’études concernant l’histoire de la Colombie et de l’Amérique latine dans l’œuvre de García Márquez ont déjà été menées et ont révélé de précieux indices pour l’interprétation de ses récits –notamment les épisodes concernant les guerres civiles colombiennes au cours du XIXème siècle, la période post-indépendantiste, le caudillisme et le néocolonialisme- il est vrai que –à part l’article déjà mentionné de Jacques Gilard- très peu d’études se sont concentrées ponctuellement sur l’influence de la période fondatrice de l’histoire du Sous-continent, celle de sa découverte, conquête et colonisation, dans la narrative du prix Nobel colombien. Jusqu’à présent nous comptons seulement trois articles qui se sont intéressés à la présence de ce moment de l’histoire dans Cien años de soledad sans s’étendre sur la totalité de l’œuvre Marquézienne. Il s’agit de l’article d’Iris María Zabala : “Cien años de soledad: Crónica de Indias” (1970) ; d’Humberto Robles : “El primer viaje alrededor del mundo: de Pigafetta a García Márquez” (1993) ; et de Selma Calassans Rodríguez: “Cien años de soledad y las crónicas de la conquista” (1995). Nous sommes sûres que notre approche de l’œuvre Marquézienne à partir de cette période historique –très peu remarquée par d’autres études- peut révéler des pistes solides pour l’interprétation de ce phénomène culturel majeur de l’Amérique latine.

METHODOLOGIE

Pour entreprendre cette recherche, notre méthodologie de travail s’est divisée en trois grandes phases: tout d’abord nous avons mené une étude très détaillée du corpus repère, celui des Chroniques des Indes, pour établir une espèce de constellation référentielle, une cartographie culturelle ; ensuite nous avons lu, balisé (délimité) et commenté l’immense corpus fictionnel et journalistique de García Márquez dans la perspective intertextuelle et plus globalement, interculturelle adoptée ; et finalement une troisième phase (la plus longue : 2 ans) qui consiste à tracer les grandes lignes de notre démonstration qui seront renforcées par une réflexion menée avec les lectures critiques sur le rapport de García Márquez avec l’histoire ainsi que la lecture des quelques articles existant –déjà mentionnés- sur la question traitée, c'est-à-dire sur la présence des Chroniques des Indes dans l’œuvre de l’écrivain colombien.

Pour mieux comprendre notre cheminement nous allons décomposer chacune de ces trois phases :

1ère phase : travaux accomplis durant la première année
Au cours de la première phase, correspondant à la première année de thèse, nous nous sommes concentrés principalement dans l’établissement d’un plan, d’une ligne d’étude basée sur un corpus référentiel par ailleurs très varié, celui des Chroniques des Indes que nous pouvons classer en trois groupes principaux :
Les chroniques écrites pendant la découverte, la conquête et l’époque coloniale en Amérique Latine par des conquistadors, explorateurs, intellectuels, scientifiques et corsaires. Lectures qui ont été alimentées par des essais critiques sur le sujet comme ceux de John Elliot, Edmundo O’Gorman, Irving Leonard, Vladimir Acosta, Tzvetan Todorov, Arturo Uslar Pietri, Beatriz Pastor, entre autres.
Les textes écrits par des voyageurs et des explorateurs plus récents comme Xavier Marmier (1808-1892) et Up de Graff (1873-1927).
Sans oublier les ouvrages des historiens comme Jesús María Henao, Gerardo Arrubla, Juan Bosch et Germán Arciniegas.
Le choix de ces textes est fortement conditionné par leur importance comme initiateurs et continuateurs d’une image représentative du Nouveau Monde, par leur rôle incontournable dans l’approche de l’histoire du continent et par le recours que García Márquez lui-même reconnait avoir fait dans le but de reconstruire sa propre image de l’Amérique. C’est donc à partir de cette base, qu’il a été possible d’entreprendre les actions suivantes :
Tout d’abord nous avons pu construire un plan pour établir les grandes lignes narratives et discursives présentes dans les textes coloniaux afin de répondre à la question suivante : quel récit continental et américain construisent les chroniques des Indes ?
Ensuite, nous avons effectué un repérage étroit et exhaustif de la généalogie colombienne des récupérations littéraires de ces textes souches dans 50 textes entre romans et nouvelles. Il existe bel et bien dans la littérature colombienne une tradition de réécriture et de réinterprétation des Chroniques des Indes, qui commence par une chronique coloniale, fondatrice du roman colombien, appelée El Carnero (1638) de Juan Rodríguez Freyle et qui se maintient jusqu’à présent avec la trilogie de William Ospina sur la conquête de l’Amazonie au XVIème siècle : Ursúa (2005), El país de la canela (2009) et La serpiente sin ojos (2012). Á partir de ces vastes références, il a été possible d’établir tout un raisonnement culturel, intellectuel et critique autour du sujet en soi, qui nous permettra de voir plus tard la place de García Márquez dans cet ensemble : l’objectif de ce corpus littéraire –organisé sur la base du corpus référentiel de Chroniques des Indes- est de déterminer si García Márquez n’est qu’un élément d’une longue chaîne de récupérations du substrat colonial ou s’il marque un point de rupture entre un avant et un après dans la littérature colombienne.
Bien évidement, étoffer le corpus des textes coloniaux et celui des textes littéraires colombiens est une vaste et scrupuleuse tâche que nous n’avons pas encore terminée : même si cette cartographie culturelle a été établie au cours de la première année, nous continuons dans le repérage de textes qui nous permettrons d’enrichir encore plus ces deux corpus. Néanmoins, nous avons rencontré des difficultés pour nous procurer une certaine bibliographie qui peut s’avérer clé pour nos recherches : certains ouvrages historiques qui ont pu influencer la vision de García Márquez sur la Colombie coloniale sont introuvables, presque inexistants. C’est le cas du texte historique La casaca negra (1952) de Roberto Echeverría Rodríguez, dont García Márquez lui-même fait l’éloge dans le premier tome de sa production journalistique. De même, il devient très difficile de se procurer les manuels scolaires de la génération de l’écrivain qui peuvent révéler des pistes sur sa formation historique et sur son regard envers la période qui nous intéresse.

2ème phase : travaux accomplis durant la deuxième année
Pour la deuxième phase, effectuée tout au long de la deuxième année, nous avons entrepris la lecture de l’ensemble de la vaste œuvre de García Márquez, depuis les premiers contes, jusqu’au dernier roman –œuvre journalistique comprise- pour repérer la moindre référence directe au indirecte aux Chroniques des Indes. Le travail a été sérié de la manière suivante (7 cycles qui correspondent à l’œuvre de fiction et 1 cycle pour l’œuvre journalistique) :

Cycle pré-Cien años de soledad (1947-1962).
Cien años de soledad (1967).
Cycle pré-El otoño del patriarca (1961-1972).
El otoño del patriarca (1975).
Crónica de una muerte anunciada (1981).
Cycle de l’amour: El amor en los tiempos del cólera (1985), Del amor y otros demonios (1994) et Doce cuentos peregrinos (1992).
Cycle de l’Histoire et du politique : El general en su laberinto (1989) et Noticia de un secuestro (1996).

Les cinq tomes de l’ensemble de l’œuvre journalistique rassemblés, préfacés et commentés par Jacques Gilard :
- Textos costeños (1948-1952)
- Entre cachacos (1954-1955)
- De Europa y América (1955-1960)
- Por la libre (1974-1995)
- Notas de prensa (1961-1984)

À travers les lectures de ce corpus fictionnel et journalistique il a été possible de repérer de nombreuses références concernant les Chroniques des Indes, tout en essayant de déterminer leurs rôles et le traitement que García Márquez fait de celles-ci : l’auteur est-il un continuateur ? Un héritier ? Un critique ? Est-il conscient ou inconscient de cette présence du substrat colonial dans son œuvre ? Ces questions concernant l’approche que García Márquez fait de cette intertextualité ont guidée la rédaction d’un bilan pour chacun de ces cycles, lesquels nous ont permis de mener une analyse très détaillée sur le sujet durant notre phase suivante.

3ème phase : travaux accomplis durant la troisième et quatrième année
La troisième phase, qui concerne la troisième et quatrième année de thèse, s’articule autour de 3 objectifs : le premier est l’établissement d’un plan définitif ; le deuxième, est les lectures critiques sur la question traitée ; et le troisième, est le début de la rédaction.
Concernant le premier objectif de cette troisième phase, une synthèse de tous les différents bilans a été déjà rédigée pour essayer d’établir une sorte de ligne directrice de ce qu’il y a à retenir sur le sujet des Chroniques des Indes dans l’œuvre de García Márquez. On a pu tracer les grandes lignes du traitement que García Márquez fait du substrat de l’imaginaire colonial dans son expression littéraire et journalistique en dressant une espèce de cartographie/chronologie. Nous avons pu conclure que cette intertextualité dans la narrative de García Márquez traverse trois moments clés : il y a tout d’abord un travestissement burlesque des textes coloniaux, ensuite l’auteur entreprend une parodie ludique de ces textes sources pour finalement aboutir à un pastiche pur de cet intertexte. Ces traitements transtextuels témoignent d’un désir croissant de la part de l’écrivain colombien de rendre de plus en plus évident ce substrat colonial au sein de son œuvre. En effet, cette présence acquiert initialement une nature cryptée pour ensuite être dévoilée en adoptant la forme des textes sources à travers une imitation claire. C'est-à-dire que les rapports entre l’œuvre marquézienne et les Chroniques des Indes passent d’une désacralisation ou désir de transformer ces textes historiques et fini par une claire imitation du style de ces textes coloniaux dans une sorte d’aboutissement dans lequel García Márquez situe un roman entier dans la période coloniale. Effectivement, au cours de son œuvre, l’écrivain commence un voyage rétrospectif à partir du XXème siècle avec Cien años de soledad (1967), qui continue avec le caudillisme du XIXème siècle avec El otoño del patriarca (1975) et El general en su laberinto (1989) et qui aboutit à la Colombie coloniale du XVIIIème siècle avec Del amor y otros demonios (1994). Il s’agit d’une régression qui devient structurante pour l’œuvre Marquézienne : plus les Chroniques des Indes sont mises en évidence, plus l’œuvre de l’écrivain acquiert une chronologie précise qui met fin à l’aventure anachronique des premiers textes où le temps de l’Histoire était subjugué par les caprices de la fiction.
Au niveau thématique García Márquez répète tout ou long de son œuvre –à forte ou moyenne intensité- les mêmes références concernant les textes coloniaux : l’introduction des noms des personnages historiques de cette période précise, le renforcement d’une image extraordinaire du territoire américain, la reprise littérale ou altérée de certains passages des chroniques coloniales, la reconstruction des mésaventures des conquistadors à travers les personnages ou l’obsession pour une période historique stagnée dans le crépuscule de la période coloniale. Il s’agit de données qui démontrent une forte influence des Chroniques des Indes dans l’œuvre du Nobel colombien mais qui à la fois deviennent répétitives et figées. La présentation de ces références du substrat colonial subit certes une évolution dans sa forme mais elles se maintiennent inchangeables dans leur utilité narrative et discursive : elles permettent de perpétuer l’image que les premiers conquistadors avaient présentée du Nouveau Monde et que García Márquez essaie de reproduire malgré son regard hostile envers l’histoire officielle. C'est-à-dire que l’affranchissement et l’autonomie de l’œuvre marquézienne vis-à-vis de l’histoire officielle, tellement prônés par la réception colombienne, son inexistants quand on analyse le traitement que l’auteur colombien fait des sources historiques comme les Chroniques des Indes. Il y a donc un fossé, une différence entre ce que défend la réception de l’œuvre et ce que nous retrouvons dans les textes marquéziens.
Cette réflexion pour aboutir à une nouvelle cartographie/chronologie de l’œuvre marquézienne a été bien sûr guidée par les constantes lectures de textes critiques –qui sont toujours en cours- et qui nous ont permis de mettre en lumière le rapport de l’écrivain avec les Chroniques des Indes et plus largement son rapport avec l’histoire de l’Amérique latine. De cette manière notre travail de thèse pourra être inscrit dans un débat critique précis en proposant de nouvelles pistes pour lire et comprendre l’œuvre de celui qui a écrit la Bible de l’Amérique Latine ainsi que sa réception dans son pays natal, la Colombie.
Un plan détaillé de la thèse a déjà été fait et au cours de cette cinquième année il a été possible de débuter la rédaction de la thèse, sachant que des bilans d’étape très fouillés ont déjà été rédigés. Dans ces conditions, nous espérons finir cette étape de rédaction pour la fin de cette année.

mardi 24 janvier 2017

Petite photo souvenir de la journée des doctorants et futurs doctorants du GRELPP

De gauche à droite : Elena ; Stève ; Vera ; Héloïse ; David ; Liliana ; Elsa ; Éléonore ; Camille ; Alexia.

vendredi 6 janvier 2017

20 janvier / Journée des doctorants

Le 20 janvier, les doctorants du GRELPP viendront présenter leur travail de thèse devant l'ensemble des membres du laboratoires – l'occasion d'en savoir plus sur leur sujet et d'échanger avec eux.
Nous nous retrouverons de 9h00 à 17h00, en salle 210 (bâtiment V).

Programme :

9h00-9h45 : David
9h45-10h30 : Vera

10h30-11h00 : pause

11h00-11h45 : Héloïse
11h45-12h30 : Camille

12h30-13h30 : déjeuner

13h30-14h15 : Elena
14h15-15h00 : Liliana

15h00-15h30 : pause

15h30-16h15 : Elodie
16h15-17h00 : Alexia

lundi 15 août 2016

Les doctorants du GRELPP présentent leurs recherches – Elena Geneau


«La Ciencia Ficción en Argentina: formas, modalidades, desafíos, incidencias y discursos.»

Elena Geneau

Bajo la dirección de Caroline Lepage

La literatura de Ciencia ficción en Argentina se caracteriza por ser una literatura de los márgenes, cuando no, marginalizada. Este gran género, clasificado como menor y que en categorización viene incluso después de la literatura policial, ha sido vapuleado a lo largo del tiempo, de la Historia y de su historia. Desde la afirmación de su inexistencia hasta la ignorancia, la confusión y la fusión, el género fue muchas veces valorado o ignorado, pero muy poco reivindicado por contraindicado o desprestigiado. Todos esos epítetos subvierten el género que bajo formas y modalizaciones discursivas propias tiende a pergeñar su existencia desde el siglo XIX hasta nuestros tiempos.
Si bien la Ciencia Ficción exige consustancialmente un análisis de su implicación en la epistemología local, no excluye una derivación o ampliación hacia otros campos inherentes al género, aunque siempre relacionados con el contexto. En efecto, la literatura de Ciencia Ficción es una paradoja constante, ya que cuando se distancia de la realidad y por ende, de la Historia, es cuando mejor la expresa. Incidencias tanto más engorrosas cuanto que el principio de incertidumbre rige a la hora de determinar los subgéneros que la constituyen, diluyendo los perímetros e imposibilitando el análisis armónico.
Brian Aldiss afirma que «la buena ciencia ficción es una metáfora del presente», por lo tanto, una herramienta singular del discurso que vehicula la memoria.
La Ciencia Ficción en Argentina se transmuta y evoluciona en una semiósfera que incluye de manera inexorable el diálogo intertextual. Al integrar las premisas literarias de lo posible a un contexto determinado, la retórica termina haciéndose eco del lenguaje y de la lengua que expresan esa ficcionalidad proyectiva argentina con las formas, modalidades, implicaciones y discursos que le son característicos.
Ahora bien, mi desafío reside entonces en establecer cuáles son las peculiaridades de la literatura de Ciencia Ficción argentina, retrasando para ello su historia y sorteando los laberintos que su posición de discurso marginal imponen. Aunque formen parte de un universo literario internacional, sin por ello pertenecer a una comunidad definida como tal, los autores argentinos de Ciencia Ficción integran de facto una identidad colectiva propia, ya que, lejos de ser un simple entretenimiento, esta literatura vehicula un discurso que, como su denominación no indica, suele ser sociológico, ontológico, cuando no filosófico, y que requiere ser examinado de cerca y contextualizado. Narrativa de la especulación, de la utopía, de la distopía, de la ucronía, la Ciencia ficción argentina sigue luchando por hacerse visible, desplegando esfuerzos cuasi heroicos por sobrevivir en un mundo editorial que prioriza el aspecto económico, dando como resultado su dificultad de difusión y, por consiguiente, de su accesibilidad para la investigación. Quizás por eso, si hasta ahora la literatura de Ciencia Ficción argentina ofrece estudios puntuales sobre una época o un autor en particular, no existe, hasta la fecha, obra alguna que abarque su totalidad; de allí miinterés en desglosar los parámetros inmanentes de su esencia y, por ende, en los actores que intervienen, la nutren, le dan vida.