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jeudi 30 juin 2016

Les doctorants du GRELPP présentent leurs recherches – Liliana Riaboff


 
Réception colombienne de l’intertexte colonial dans l’œuvre de Gabriel García Márquez : rétrospective pour une nouvelle conquête de soi

Liliana Riaboff
Sous la direction de Caroline Lepage

Nos travaux de recherche consistent en une étude approfondie de l’œuvre de l’écrivain colombien Gabriel García Márquez sous la perspective de son recours aux Chroniques des Indes comme élément structurant majeur de son œuvre de fiction. Explorer les raisons pour lesquelles le prix Nobel 1982 nourrit son œuvre des textes coloniaux et la manière dont ceux-ci sont intégrés dans son œuvre de fiction sont au cœur de ce travail de thèse.
Depuis la publication de son chef-d’œuvre Cien años de soledad (1967) – qualifié par Carlos Fuentes de «la Biblia de América Latina» et par Mario Vargas Llosa de «Mamá Grande de la novela Latinoamericana» –, García Márquez a été immédiatement désigné comme l’emblème de tout un continent, le porte-parole d’une population qui aurait voulu se voir représentée dans le merveilleux et le démesuré de ses récits. C’est justement ce phénomène identitaire latino-américain inspiré par l’œuvre marquézienne qui anime notre questionnement sur la nature de ce discours fictionnel, sur sa composition et sur le genre d’identité qu’il prêche.
Or, pour comprendre cet impact continental qu'a l’œuvre de l’écrivain colombien, il devient nécessaire de déconstruire ce que l’on pourra désigner comme sa « génétique », de mettre à nue l’intertextualité de la matière « historique », mythique et légendaire collective, en l’occurrence, en effet, celle héritée du corpus des Chroniques des Indes. Nous cherchons donc à déterminer comment ce substrat colonial a pu, plus ou moins consciemment, façonner un imaginaire aussi étonnant et riche que celui du prix Nobel colombien et quel est l’enjeu de cette intertextualité dans la réception de l’œuvre Marquézienne.
Ce travail de thèse s’inscrit dans la lignée des travaux menés par l’hispaniste et américaniste français Jacques Gilard dans ses derniers écrits sur García Márquez, en particulier autour du roman Del amor y otros demonios (1994) ; un récit qui met le plus en évidence le recours que l’auteur colombien fait aux chroniques de la période coloniale, car son anecdote fictive est placée au cœur de la Colombie du XVIIIème siècle. Loin de se concentrer uniquement sur la présence de ce substrat colonial dans le roman, Gilard entreprend un décryptage détaillé pour ainsi révéler le rapport particulier que García Márquez entretien avec l’histoire, l’historiographie et les historiens, qu’il a toujours traités par le mépris. Cette relation entre l’écrivain colombien et l’Histoire aurait jusqu’à présent été mal comprise par la plupart de ses critiques et lecteurs : l’approche que le Prix Nobel 1982 fait du passé de son pays serait plutôt menée par le biais de l’expérience quotidienne qui finit par s’appuyer sur une version succincte, figée et stéréotypée de l’histoire. C’est dans cette optique de « démythification » de l’emblème de l’Amérique latine que notre travail de thèse prétend faire une analyse de la totalité de l’œuvre de García Márquez par le filtre et le prisme des Chroniques des Indes : il y a toujours eu certes un mépris de l’histoire de la part de l’écrivain colombien, néanmoins, ce même mépris témoigne paradoxalement d’un recours insistant aux regards démodés, vieillis et imprégnés des lieux communs et des clichés que l’écrivain a toujours attribués au discours historique mais qui sont aisément intégrés dans son œuvre, ce qui contraste notablement avec son image publique de promoteur d’une « nouvelle » version de l’Histoire. García Márquez se place donc en héritier et en continuateur d’une vision du passé de l’Amérique originairement instaurée par les textes coloniaux que nous nous sommes proposé de démasquer tout au long de son œuvre.

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